Florie Maurin
Alors que les études du Centre National du Livre confiées à Ipsos montrent une baisse du temps de lecture des jeunes Français·es[1], le secteur de l’édition jeunesse continue d’occuper de larges parts de marché et d’être prolifique sur notre territoire (les ventes se maintiennent et son chiffre d’affaires tend à l’augmentation[2]). Dans ce secteur, et pour le segment roman, certains genres se démarquent particulièrement : le roman d’aventures, les littératures de l’imaginaire et la romance – portée par le phénomène de la new romance.
Dans l’étude « Les jeunes Français et la lecture[3] » de 2024, les littératures de l’imaginaire se classent deuxièmes dans le palmarès des genres romanesques les plus lus par les lecteurs et lectrices loisirs (en premier : le roman d’aventures), c’est-à-dire une population lisant pour le plaisir et non par contrainte. C’est aussi ce que souligne Lire magazine dans son édition spéciale « Ce que lisent les jeunes en 2024 » :
certains genres romanesques réussissent tant bien que mal à se faire une place dans [la] bibliothèque [des jeunes] : les romans d’aventures et les littératures de l’imaginaire. Les épopées, la science-fiction et la fantasy continuent ainsi leur progression et plaisent aussi bien aux filles qu’aux garçons[4].
De son côté, l’Observatoire de l’imaginaire, qui fournit de nombreuses données sur la SFFF (science-fiction, fantasy, fantastique), indique que les secteurs jeunesse et Young Adult représentent environ 30 % des sorties imaginaire[5], soit une part non négligeable du marché des littératures de l’imaginaire.
C’est à un des genres de ces « littératures de l’imaginaire » que nous proposons de nous intéresser : celui de la fantasy. Bien que les recherches universitaires consacrées à l’imaginaire se développent depuis une vingtaine d’années, les travaux demeurent encore peu nombreux, particulièrement sur la production française et les titres destinés à la jeunesse.
À travers une étude statistique menée sur les romans de fantasy jeunesse parus en 2023, nous viserons à sonder la production éditoriale contemporaine afin d’en dégager des caractéristiques et tendances majeures. Il s’agira de donner une image du paysage actuel, qui gagnerait à être comparée à des études similaires sur d’autres années. Après quelques considérations méthodologiques et générales, qui dessineront un aperçu du marché, nous orienterons notre réflexion vers une analyse au prisme du genre[6] et de la parité.
Jusqu’à présent, les études menées sur les littératures de jeunesse, peu importe le support examiné, montrent de façon récurrente une sous-représentation des personnages féminins[7], à la fois dans les histoires (la diégèse), les titres ou les illustrations de couverture. Cette sous-représentation n’est pas sans conséquence sur la construction des enfants et adolescent·es[8]. Cependant, ces études chiffrées se concentrent bien souvent sur la production destinée aux enfants uniquement, particulièrement les albums, et peu sur la littérature adolescente et le roman, en termes quantitatifs tout du moins. Notre ambition est donc de fournir quelques données sur ces segments, bien que nous n’en examinions qu’un échantillon à travers un genre littéraire donné. Ainsi, nous nous demanderons si femmes et filles trouvent leur place dans la fantasy jeunesse. Dans ce genre de tous les possibles, où toutes les magies sont permises et où des mondes alternatifs sont souvent offerts, l’égalité a-t-elle droit de cité ?
Méthodologie
Qu’entend-on par « fantasy jeunesse » ? Il s’agit d’un domaine littéraire et éditorial doublement déterminé, par son appartenance à un genre, d’une part, et par son orientation vers un destinataire spécifique, d’autre part. Polymorphes, les productions de fantasy jeunesse héritent alors de l’un et de l’autre (genre et orientation) qui induisent des motifs récurrents, se recoupant parfois : jeune âge du héros ou de l’héroïne, statut d’orphelin·e, bestiaire fantastique, motif de la quête, entre autres exemples. Dans cet article, nous entendrons la fantasy dans son sens large comme « le domaine d’un “surnaturel naturalisé[9]” » réinvestissant le merveilleux.
Comment, toutefois, circonscrire les œuvres destinées à la jeunesse ? S’il paraît relativement aisé de distinguer un roman junior d’un livre « pour adultes », la distinction devient bien plus complexe dans la littérature adolescente et, particulièrement, dans le cas du Young Adult, catégorie largement investie par les littératures de l’imaginaire, où la frontière est éminemment poreuse. Dans le cadre de cette étude, nous avons uniquement retenu les romans encadrés par la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse[10] puisque celle-ci régule toutes les publications qui « apparaissent comme principalement destinées aux enfants et adolescents », à l’exception des manuels scolaires. Les romans du corpus sont tous porteurs de la mention de cette loi.
Par ailleurs, nous nous sommes concentrée sur les maisons d’édition traditionnelles françaises, en prenant uniquement en compte les livres inédits (premières publications ou premières traductions françaises) et le format particulier du roman. Le corpus de notre étude est donc constitué d’œuvres répondant aux critères susmentionnés et publiées durant l’année civile 2023. De plus amples détails concernant les résultats et méthodes sont fournis en annexe du présent article.
Panorama de la fantasy jeunesse parue en 2023
Définition du corpus
Notre examen porte sur 374 romans publiés au sein de 53 maisons d’édition (22 maisons d’édition appartenant à l’un des grands groupes éditoriaux français et 31 maisons d’édition indépendantes[11]). Parmi ces romans, 160 sont publiés au sein de maisons d’édition indépendantes, soit 43 % de la production totale. Les autres se partagent entre différents groupes, dont les trois plus importants en termes de publications sont le mastodonte Hachette (110 titres), Editis (62 titres) et Madrigall (22 titres). Le nombre de publications fluctue tout au long de l’année pour atteindre deux pics, l’un en février / mars / avril, l’autre en septembre / octobre, période de rentrée littéraire qui précède par ailleurs les fêtes de fin d’année, propices à l’achat de livres.

Les traductions
Le corpus de notre étude est majoritairement composé de publications originales françaises, malgré les origines anglo-saxonnes de la fantasy et la prédominance anglophone du marché, régulièrement remarquée[12] : le taux de traductions est de 35 %. Cela pourrait laisser penser que l’on traduit moins pour la jeunesse que pour les adultes puisque l’Observatoire de l’imaginaire note un taux de traductions de SFFF oscillant entre 40 % et 45 % entre 2016 et 2022[13]. Il faut toutefois prendre en considération le fait que le corpus est différent : fantasy jeunesse d’un côté / tous les genres de l’imaginaire pour tous les âges de l’autre. Il se peut également que les données que nous avons récoltées sur l’année 2023 ne soient pas révélatrices d’une tendance générale.
Cycles et séries
La fantasy étant un genre qui se décline régulièrement en cycles et en séries, il n’est guère étonnant de constater que les titres publiés durant l’année 2023 appartiennent en très grande majorité à des ensembles romanesques : 78 % d’œuvres relevant d’un cycle ou d’une série pour 22 % de tomes uniques. Le phénomène est particulièrement sensible dans les publications destinées aux plus jeunes (92 % de cycles et séries pour les livres destinés aux 6 ans et plus ; 86 % pour les 8 ans et plus). On peut non seulement expliquer cette récurrence au regard du genre des livres (la fantasy aime les structures sérielles et cycliques), mais aussi de l’âge du destinataire puisque le retour du même est rassurant pour un jeune lectorat. La chercheuse Nathalie Prince explique ainsi :
[c]e procédé stylistique qui consiste à redire ce qui a déjà été dit se réalise dans le procédé des cycles et des séries qui conviennent si bien aux adolescents. Relire à l’infini le même type d’histoire, avec des personnages récurrents, a quelque chose de rassurant, de confortable, qui assure à des personnalités en devenir une étonnante stabilité […] L’adolescent et le préadolescent aiment retrouver des situations, des repères, des éléments fixes sur lesquels ils focalisent leur attention, ce qu’Umberto Eco à propos de Superman nomme le “plaisir de la non-histoire” qui assure un “sentiment d’apaisement[14]”.
Si les (pré)adolescent·es affectionnent la familiarité rassurante des cycles et des séries, où reviennent généralement les mêmes personnages dans un monde qu’ils et elles ont appris à connaître, ce cas de figure paraît encore plus marqué chez les enfants : c’est d’ailleurs sur la répétition que reposent les comptines, comme nombre d’albums jeunesse et de séries animées dans lesquels se répètent les mêmes phrases ou syntagmes façon ritournelle (ainsi de Bob le bricoleur : « Peut-on le faire ? Oui, on peut ! » ou de « Le roi, sa femme et le petit prince »).
Âge du lectorat-cible
Le domaine des littératures de jeunesse étant composé d’un lectorat hétérogène, d’âges variés, nous avons subdivisé notre corpus en catégories d’âge pour examiner certains critères en particulier (voir infra). Les catégories sont les suivantes : 6 ans et plus, 8 ans et plus, 10 ans et plus, 12 ans et plus, 15 ans et plus. Parmi celles-ci, celle qui regroupe le plus de romans de fantasy jeunesse est la catégorie 12 ans et plus (31 % du corpus). L’âge moyen du destinataire est de 9,8 ans.

Il est cependant à noter que la catégorie 15 ans et plus, correspondant à ce que l’on considère comme le secteur Young Adult, est ici peu représentée car les livres destinés à cette tranche d’âge comportent peu la mention de la loi du 16 juillet 1949, malgré le fait qu’ils se destinent en partie à des mineur·es. Beaucoup ont donc été exclus de notre corpus en raison de ce critère, ce qui conduit très certainement à une sous-estimation de l’âge du destinataire cible de fantasy jeunesse.
La fantasy : un genre qu’on ne saurait nommer et identifier ?
Désigner la fantasy
Un des éléments marquants des publications de fantasy jeunesse est le faible emploi du terme « fantasy » par les maisons d’édition : seules 18 % des publications sont présentées comme relevant de la fantasy sur les sites internet des maisons. Il est intéressant de préciser que les livres destinés à un public plus âgé sont plus régulièrement présentés comme appartenant au genre : la mention de la fantasy semble augmenter en fonction de l’âge du destinataire. Dans notre échantillon, plus le destinataire est âgé, plus il y aura de chances que la maison d’édition rende le genre visible.

Confusions avec le fantastique
Non seulement le terme « fantasy » n’apparaît que peu, mais il est, de plus, concurrencé par celui de « fantastique » puisque, sur les 307 livres non présentés comme relevant de la fantasy, 45 sont qualifiés de « fantastique ». Cela correspond à 12 % de l’ensemble de la production que nous avons identifiée comme appartenant à la fantasy. Ce phénomène touche à la fois les sites des maisons d’édition, mais également les revues spécialisées (comme La Revue des livres pour enfants ou Lecture Jeune) qui qualifient également de « fantastique » de nombreux titres : ceux qui sont ainsi présentés par les maisons d’édition, mais également ceux pour lesquels aucun genre n’est précisé.

Ainsi, un livre comme Ottoline et le vétérinaire des monstres de Yann Apperry est qualifié de « fantastique » par les éditions Pocket Jeunesse, les revues Lecture Jeune et La Revue des livres pour enfants, alors même que le surnaturel est naturalisé[15] et qu’Ottoline présente de nombreux éléments caractéristiques de la fantasy : passage d’un monde à un autre (typique de la low fantasy), bestiaire merveilleux, etc. Dans une logique similaire, le tome 3 de Frère Wulf est aussi classé en « fantastique » par les éditions Bayard Jeunesse, alors même que les œuvres de Joseph Delaney sont emblématiques de la fantasy et ne se déroulent pas même sur Terre.
© 2023, Laurent Gapaillard, PKJ
Si des exceptions existent, il semble cependant que les romans dont l’histoire se déroule en tout ou en partie dans notre monde entretiennent davantage la confusion puisque 89 % des livres qualifiés de « fantastique » sont dans ce cas de figure. Le contexte « réaliste » ou « partiellement réaliste » n’induit pas nécessairement une appartenance au genre du fantastique, tant s’en faut, et nombreux sont les exemples de titres-phares de la fantasy à prendre un monde fictionnel imitant le réel pour cadre, a minima dans une partie de leur diégèse, à commencer par Les Chroniques de Narnia, L’Histoire sans fin ou Harry Potter.
Toutefois, il est vrai que les frontières sont plus floues et peuvent tendre vers le fantastique, en particulier dans le cas de la fantasy urbaine. Dans le Dictionnaire de la fantasy, l’entrée « Fantastique » débute précisément par cette difficulté à bien identifier le genre en France. Camille Mathieu y écrit :
[s]ouvent confondu avec la fantasy, le fantastique est un genre littéraire plus ancien qui appartient également aux littératures non mimétiques, dites littératures de l’imaginaire. Il se caractérise par l’intrusion d’éléments surnaturels dans notre monde – monstres, démons, revenants, etc. – sans que cette manifestation soit clairement identifiable. Il en découle une hésitation entre surnaturel et naturel, possible et impossible, qui le distingue de la fantasy, pour laquelle la manifestation surnaturelle fait partie des lois du monde et en devient donc normale et naturelle. Là où la fantasy construit d’autres réalités, le fantastique bouscule le réel, l’interroge, le déséquilibre[16].
Se pose dès lors la question de l’œuf ou de la poule : le genre de la fantasy est-il si difficilement identifiable pour les lecteurs et lectrices que les professionnel·les de l’édition lui préfèrent le terme de « fantastique » ? Et il est vrai que dans notre langue le sens de ce mot anglais n’est pas limpide[17]. Ou, les lecteurs et lectrices parviennent-ils difficilement à identifier ce genre parce que le milieu éditorial français, entre autres, ne permet pas sa bonne identification ?
Femmes et filles de fantasy
Le genre des auteur·rices : qui écrit ?
Une association traditionnelle des femmes au domaine de l’enfance peut laisser penser que ce sont elles qui créent des livres jeunesse. Ce n’est vrai qu’en partie. Les autrices[18] sont en effet majoritaires dans un domaine restreint, celui des tout-petits, comme l’explique la chercheuse Anne Dafflon Novelle :
il est erroné de croire que les femmes sont majoritaires dans le domaine de la littérature jeunesse. Ce n’est vrai que pour le public ciblé âgé de 0 à 3 ans. Pour les 3-6 ans, la part d’hommes et de femmes est équivalente. Dès que l’âge ciblé est supérieur à 6 ans, on trouve plus d’hommes que de femmes et la différence entre les deux sexes augmente au fur et à mesure que l’âge du public ciblé augmente[19].
Ce constat de la sous-représentation féminine dans la création est soulevé dans différentes études. Ainsi, dans les livres de fiction jeunesse parus en 1997 (albums, mais pas seulement), Anne Dafflon Novelle indique à nouveau que les auteurs sont plus nombreux que les autrices[20]. De leurs côtés, les chercheuses Carole Brugeilles, Sylvie Cromer et Nathalie Panissal examinent les lectures de référence fournies aux enseignant·es en 2002 pour le cycle 3 (CE2, CM1, CM2). 118 livres sont conseillés par l’éducation nationale : 80 % sont écrits par des hommes[21]. Ainsi, non seulement les auteurs sont plus nombreux, mais leur production est aussi plus préconisée. La thèse d’Hélène Montardre[22], qui examine 250 romans jeunesse publiés entre 1975 et 1995, montre également une majorité d’auteurs masculins (53 %).
Quid des littératures de l’imaginaire ? Dans son étude, l’Observatoire de l’imaginaire montre que la part d’autrices augmente depuis 2015 : elles seraient même devenues majoritaires (en 2022 : 53 % d’autrices, 42 % d’auteurs et 6 % « autres ») si l’on se fonde sur les chiffres de la Base de Données Francophone de l’Imaginaire[23] (BDFI). Ces chiffres s’appuient toutefois sur la production d’inédits adultes, sans prendre en compte la production jeunesse. En ce qui concerne la fantasy, la parité entre auteurs et autrices est observée sur la moyenne des années 2018-2022[24].
Puisque les autrices sont, de façon générale, sous-représentées dans le secteur jeunesse, essayons de déterminer si le genre littéraire observé (ici, la fantasy) peut avoir une incidence sur cette prédominance genrée. Au sein de notre étude, nous comptabilisons 269 livres écrits par des femmes, 102 livres écrits par des hommes, 2 livres dont le genre de l’auteur·rice est indéterminé et 1 livre écrit par une personne non binaire. Le taux de livres écrits par des autrices, dans le cadre de la fantasy jeunesse publiée en 2023, est de 72 %.
Toutefois, plusieurs livres peuvent avoir été écrits par le même auteur ou la même autrice, en particulier dans le cas des cycles et séries. Examinons donc le nombre d’auteurs et d’autrices singulier·es : les auteurs représentent 30 %, les autrices 69 %, et les auteur·ices non binaires ou personnes au genre non identifié 1 %.

Comme nous l’avons vu, les autrices sont plus nombreuses en littératures de jeunesse lorsque les livres s’adressent aux plus jeunes. Dans la fantasy jeunesse publiée en 2023, nous ne notons que peu de variations du pourcentage d’autrices selon l’âge du destinataire-cible des romans (entre 71 % et 80 % de livres écrits par des femmes pour les 6+ / 8+ / 12+ et 15+). Quel que soit l’âge du destinataire-cible, les autrices sont majoritaires.

Seuls les romans destinés aux lecteurs et lectrices de 10 ans et plus présentent un écart très réduit entre auteurs et autrices, la parité étant alors presque atteinte (49 % d’auteurs / 51 % d’autrices) pour des raisons que nous ne pouvons expliquer au regard de la seule année 2023.
Genre des personnages : des héros ou des héroïnes ?
Depuis les années 1970, le sexisme des littératures de jeunesse et la sous-représentation féminine ont été soulignés à de nombreuses reprises[25]. De récentes analyses montrent que ces enjeux sont toujours d’actualité[26]. La plupart des études statistiques menées sur les différentes formes des littératures de jeunesse (albums, romans, presse enfantine, théâtre pour enfants…) ont montré une sur-représentation des personnages masculins. En revanche, la tendance s’inverse dans la littérature destinée aux 9 ans et plus[27], dont la littérature adolescente.
En ce qui concerne la fantasy jeunesse de 2023, qui comprend à la fois des romans destinés aux enfants de 6 à 9 ans (155 titres, soit 41 % du corpus) et des romans pour les (pré)adolescent·es à partir de 10 ans (219 titres, soit 59 % du corpus), qu’en est-il ?
Les personnages principaux sont majoritairement féminins. Les héroïnes sont plus nombreuses que les héros et les groupes de personnages principaux majoritairement féminins sont plus nombreux que les groupes majoritairement masculins.

Si l’on rassemble sous une même catégorie les héroïnes et les groupes majoritairement féminins, auxquels on ajoute la moitié des groupes paritaires, la proportion de personnages féminins est estimée à 59 %.

Une sur-représentation féminine apparaît alors. Plusieurs hypothèses et différents facteurs pourraient expliquer ce phénomène.
Premièrement, l’âge du destinataire-cible. La moyenne d’âge du lectorat est de 9,8 ans, soit un âge où les héroïnes commencent à être plus nombreuses, ce qui est induit par le fait que les filles de cet âge lisent davantage que les garçons. Stratégiquement, dans une logique commerciale, elles sont donc une meilleure cible.
Deuxièmement, l’année étudiée pourrait accentuer ce phénomène : nous pourrions supposer que la production ultracontemporaine, post-#MeToo, est davantage marquée par une préoccupation des enjeux liés aux représentations féminines. Une comparaison avec la production de fantasy jeunesse d’autres années pourrait permettre de valider ou d’invalider cette hypothèse.
Troisièmement, le genre de la fantasy est lu en priorité par un public féminin, à la fois par les adultes[28], et par les adolescent·es[29]. Bien que les filles éprouvent moins de réticences que les garçons à lire des histoires dont le personnage principal ne correspond pas à leur propre genre, leur préférence va tout de même en priorité à des personnages féminins[30]. Le fait qu’elles soient plus nombreuses à lire de la fantasy pourrait contribuer à expliquer que nous trouvons davantage de personnages féminins dans ce genre particulier.
Enfin, nous supposons que le genre des auteur·rices pourrait avoir une incidence sur le genre du personnage principal du roman. Cette corrélation a d’ailleurs été observée dans d’autres études : « les auteurs écrivent davantage d’histoires avec un héros de leur propre sexe qu’avec un héros du sexe opposé » écrit Anne Dafflon Novelle, en précisant que « le biais de favoritisme intra-sexe dans le choix du personnage principal est plus important avec les auteurs hommes[31] ».
Genre des auteur·rices et genre des personnages principaux
Au sein de notre corpus, nous observons en effet une majorité de livres dans lesquels le genre des personnages principaux correspond au genre de l’auteur·rice. Cette tendance se lit à la fois chez les unes et chez les autres, à un niveau relativement similaire : 67,5 % de livres dont les personnages sont estimés comme féminins et écrits par des autrices, contre 65,5 % de livres dont les personnages sont estimés comme masculins et écrits par des auteurs[32].
Quelques différences sont cependant à noter : les livres avec des héroïnes sont plus nombreux chez les autrices que les livres avec des héros chez les auteurs (47 % / 41 %), ces derniers privilégiant davantage les groupes majoritairement masculins (19 %) que les autrices ne privilégient les groupes majoritairement féminins (13 %). Les groupes paritaires sont quant à eux davantage l’apanage des autrices.
Les auteurs semblent par ailleurs avoir moins de réticences à choisir des personnages principaux du genre opposé : 30 % de leurs livres comportent une héroïne ou un groupe majoritairement féminin, tandis que les livres écrits par des autrices et mettant en avant un héros ou un groupe majoritairement masculin atteignent 25 %. Ainsi, on observe que les hommes, dans le contexte de cette étude, ont vraisemblablement plus de facilités à investir un « terrain féminin » que les femmes n’en ont à investir un « terrain masculin ». Au sein de notre corpus, « le biais de favoritisme intra-sexe », conscient ou non, relevé par Anne Dafflon Novelle, est plus important chez les autrices.
Mise en garde et effet trompe-l’œil
Précisons que la sur-représentation féminine des personnages que nous avons relevée ne vaut que pour ceux de premier plan : le fait qu’il y ait davantage d’héroïnes ne signifie pas que le genre féminin est majoritaire sur l’ensemble des personnages (secondaires, d’arrière-plan, etc.). Nous invitons donc à la plus grande prudence dans la lecture de ces résultats.
En effet, lors d’une précédente étude sur la production fantasy de l’auteur Pierre Bottero[33], fondée sur un corpus de 15 œuvres, nous avions souligné un biais d’androcentrisme[34], par ailleurs largement répandu en littérature. En dépit du fait que les œuvres analysées présentaient très majoritairement des héroïnes, le personnel des livres restait masculin et était largement sur-représenté : sur 964 personnages dont le genre était identifiable, nous comptions alors 163 femmes (18 % des personnages) et 761 hommes (82 % des personnages). Un effet de trompe-l’œil était manifeste et nous avions qualifié la présence féminine et sa mise en avant de « miroir aux alouettes ».
La couverture comme terrain d’expression du genre
Genre et couvertures
Selon l’étude 2024 du CNL sur les jeunes Français·es et la lecture,
en dehors des conseils de leur famille ou amis, les lecteurs loisirs choisissent leurs livres selon la couverture, le héros ou le résumé, mais aussi s’ils en ont vu l’adaptation ou après en avoir entendu parler sur Internet[35].
Dans le choix d’un livre, la raison « parce que la couverture du livre te plaît » est la deuxième plus importante derrière « parce qu’un ami / un proche te l’a conseillé ». Or, la couverture, dans son ensemble, est genrée. Elle n’est pas neutre et plusieurs éléments orientent sa lecture : le prénom de l’auteur·rice suggère un créateur ou une créatrice, sauf quand il s’agit d’un prénom mixte ou d’un pseudonyme dont le genre n’est pas identifiable. Mais encore, le titre du livre, son illustration comme le résumé de quatrième de couverture ont une dimension genrée. Celle-ci est plus ou moins présente et s’envisage par degrés.

Par exemple, le premier tome d’Ella, vétérinaire pour animaux fantastiques est fortement marqué au niveau du genre : deux prénoms de créatrices identifiables, le prénom féminin de l’héroïne, « Ella », en première place du titre, la représentation de cette dernière sur l’illustration et, en quatrième de couverture, nous retrouvons à nouveau le prénom de l’héroïne ainsi que des pronoms féminins. Nous pouvons également remarquer la prédominance des tons roses et violets sur l’illustration de couverture, ainsi qu’un effet pailleté, qui sont traditionnellement associés au féminin dans notre culture occidentale contemporaine : le genre de l’enfant destinataire-cible est affiché.
© 2023, Annette Marnat, Rageot
Le degré de marquage genré est en revanche plus faible dans des couvertures comme celles de L’Île des Porte-Chance ou du deuxième tome du Club du calmar géant où ne figurent pas de personnages, ni dans le titre, ni dans l’illustration de couverture.


© 2023, Tiphs, Scrineo ;
© 2023, Tomislav Tomic (illustration) / Shutterstock (autre), Gallimard jeunesse
Si, d’après nous, ce marquage fonctionne par degrés, il est en revanche presque illusoire de penser qu’une couverture puisse être parfaitement neutre, particulièrement en littératures de jeunesse, un secteur qui possède ses propres codes et qui est majoritairement figuratif, à la différence, par exemple, de la collection « La Blanche » de Gallimard, dont le nom en dit long sur l’aspect des couvertures.
Les titres
Si les couvertures sont genrées, elles le sont au masculin pour une part de la production jeunesse : les albums pour enfants. Ainsi, les chercheuses Carole Brugeilles, Isabelle Cromer et Sylvie Cromer expliquent que
le premier contact du lecteur ou de ses parents avec un album illustré passe par la couverture, dont l’attrait est essentiel dans le choix du livre. Le titre comme l’illustration de couverture font d’emblée une large place aux personnages masculins[36].
Une fois encore, nous déplorons le manque d’études similaires pour le segment roman et pour la littérature adolescente.
Au sein de notre corpus de fantasy jeunesse, nous avons analysé l’ensemble des romans dont le titre désigne des êtres humains et apparentés[37] (175), puis, de façon isolée, les romans comportant soit un héros, soit une héroïne (251). Les personnages principaux féminins étant majoritaires dans les histoires, nous supposons qu’ils seront, par voie de conséquence, plus nombreux à apparaître dans les titres et les illustrations. Un focus plus ciblé permettra ainsi d’examiner les représentations de façon proportionnelle.
Deux types d’éléments ont été pris en compte dans les titres : d’une part, le noyau[38] du titre, dans son sens linguistique, afin d’appréhender l’élément principal, et, d’autre part, la présence d’un nom et / ou d’un prénom.
Parmi les romans dont les titres désignent des êtres humains et apparentés, nous retrouvons en première place (40 %) des titres ne permettant pas de déterminer le genre des personnages, souvent des collectifs (Les Clans du ciel, Les Anges mécaniques…).
Les titres ayant pour noyau un personnage féminin (26 %) arrivent en deuxième position et sont légèrement plus nombreux que ceux ayant pour noyau un personnage masculin (22 %), ceux ayant pour noyau un groupe majoritairement féminin (8 %) étant également plus nombreux que ceux ayant pour noyau un groupe majoritairement masculin (2 %). L’écart entre les genres est cependant faible quand on songe à la sur-représentation féminine que nous avions relevée dans les personnages principaux puisque le rapport entre héros et héroïnes est de 1,6 dans les histoires et de 1,2 dans les titres.
Le seul examen des noyaux des titres ne permet toutefois pas de bien appréhender la présence d’un genre : dans un titre comme L’Étrange voyage de Clover Elkin, c’est le « voyage » qui est retenu. En raison de son noyau, ce titre n’est donc pas considéré comme entrant dans la catégorie « êtres humains et apparentés », mais sera classé en « concept / action / abstraction », en dépit du fait que l’héroïne soit bien mentionnée dans le titre. Complétons donc notre analyse par l’examen des noms et / ou prénoms de personnages dans les titres, peu importe leur place : 94 livres présentent le nom et / ou le prénom d’un personnage. 55 % de ceux-ci renvoient à des personnages féminins et 45 % à des personnages masculins.
Pour plus de précisions, intéressons-nous spécifiquement aux romans avec des héroïnes et à ceux avec des héros, de façon indépendante. Dans les romans avec des héroïnes, les titres ont majoritairement un noyau renvoyant à un référent non humain (54,5 %), comme Les Arcanes de brume, et seuls 26 % des titres ont un noyau renvoyant à un personnage féminin (La Tourneuse de vent).
Du côté des romans avec des héros, les titres ont également un noyau suggérant un référent non humain dans la majorité des cas (41 %), mais de façon moins prononcée que les romans avec des héroïnes. Le noyau renvoie à un personnage masculin dans 35 % des titres (Le Roi des Sylphes).

Si l’on s’intéresse désormais à la présence du nom et / ou du prénom d’un personnage dans les livres avec héros ou héroïne, nous remarquons les phénomènes suivants :
- les noms et / ou prénoms renvoyant à un personnage féminin apparaissent dans 25 % des livres avec des héroïnes
- les noms et / ou prénoms renvoyant à un personnage masculin apparaissent dans 31 % des livres avec des héros

Par conséquent, si les héroïnes sont plus nombreuses que les héros au sein des romans de fantasy jeunesse publiés en 2023, elles ont toutefois tendance à être moins représentées dans les titres. Un livre avec un héros aura plus de chances d’afficher sa présence masculine à cette place-clef.
Les illustrations de couverture
Quels sont les éléments ou personnages remarquables[39] les plus représentés dans les illustrations de couverture ? Si l’illustration comporte au moins un personnage humain ou humanoïde, il est majoritairement féminin (31 %). Arrivent ensuite les groupes paritaires de personnages (20 %) et les groupes majoritairement féminins (20 %).

Remarquons qu’en dehors des personnages humains et humanoïdes, de nombreux autres éléments apparaissent en couverture, les uns n’excluant pas les autres. Les animaux et les créatures, y compris fantastiques, sont nombreux (40,5 %), particulièrement chez les plus jeunes : parmi les livres qui ont une créature ou un animal ordinaire ou fantastique en élément remarquable de couverture, 52 % se destinent au lectorat de 6 ans et plus ou de 8 ans et plus (ajoutons que 62 % des livres avec des personnages principaux animaux ou partiellement animaux se destinent aux 6+ / 8+). Précisons que les dragons, créatures emblématiques de la fantasy, apparaissent très fréquemment dans les illustrations qui comportent un animal ou une créature comme élément remarquable (186 couvertures) : dans ce contexte, il y a environ une chance sur quatre (24 %) que l’animal en question soit un dragon. Comment s’en étonner quand on sait le goût des enfants pour les personnages d’animaux et la forte présence animalière dans les littératures de jeunesse[40] ?
Exemples de dragons en illustrations de couverture



© 2023, Vivienne To. Design original : Jenny Kimura, éditions Saxo ;
© 2023, Floriane Vernhes, Didier jeunesse ; © 2023, Phil Falco, Gallimard jeunesse
Dans la liste des éléments récurrents présents dans les couvertures viennent en deuxième position, après les animaux et les créatures, les ornements[41] (23 %), puis les lieux spécifiques (17,5 %) et, enfin, les objets (13 %).


Le palmarès des objets les plus représentés est composé des moyens de transports (particulièrement les bateaux), des armes et armures (surtout des armes blanches, ce qui n’a rien de surprenant dans le genre de la fantasy, souvent préindustrielle), puis, en troisième position ex-aequo, nous trouvons les livres et les instruments pour mesurer le temps (montre, horloge, sablier, astrolabe) dont la puissance symbolique est certainement inspirante pour les littératures de l’imaginaire.
Exemples d’ornements, de lieux spécifiques et d’objets en illustrations de couverture




© 2023, Studio Twist, Slalom ; © 2023, François-Xavier Pavion, Scrineo ;
© 2023, Léo Gomez, Gulf Stream ; © 2023, Arthus Pilorget, Albin Michel
Si l’on examine spécifiquement les romans avec une héroïne, nous notons que les personnages féminins sont fréquemment représentés en couverture : 52 % des romans avec une héroïne représentent un personnage féminin en illustration, 14 % représentent des groupes majoritairement féminins.
Les illustrations de couverture des romans avec des héros tendent à moins représenter un unique personnage masculin (31 % des livres), mais plutôt à représenter des groupes majoritairement masculins (23 %). Les groupes paritaires occupent également une part importante des représentations (20 %).

Par ailleurs, les personnages estimés comme féminins sont quasiment deux fois plus représentés en couverture des romans avec des héros que ne le sont les personnages masculins dans les romans avec des héroïnes (rapport de 1,9).
Il conviendrait en outre d’interroger le rôle « ornemental » des personnages, particulièrement des figures féminines : apparaissent-elles en couverture de livres avec des héros pour leur (second) rôle d’importance dans l’intrigue ou ne sont-elles présentes que pour assurer une fonction « esthétique », les personnages féminins étant régulièrement cantonnés à cette place dans la fiction, comme l’illustre entre autres le test de la lampe sexy[42] ?
À nombre de personnages égal, les couvertures de notre corpus représentent davantage les personnages féminins : une fois encore, ce résultat pourrait s’expliquer, au moins en partie, par le nombre plus important de lectrices que de lecteurs dans le lectorat adolescent et le genre de la fantasy.
Conclusion
S’il est complexe de tirer des conclusions générales sur des études qui ne prennent pour sujet qu’une seule année donnée, la fantasy jeunesse semble toutefois ouvrir la porte au genre féminin, aux autrices ainsi qu’aux héroïnes. En a-t-il toujours été ainsi, dans ce domaine particulier ? Que ce phénomène relève d’une tradition ou fasse rupture avec les années précédentes, que les raisons pouvant l’expliquer entrent dans une logique commerciale ou non, difficile à dire. Quoi qu’il en soit, l’important reste de fournir aux enfants et adolescent·es un imaginaire riche, où les possibles sont ouverts de la même façon pour les filles et pour les garçons. Nous mesurons, aujourd’hui, les conséquences des modèles fictionnels, comme de leur absence, sur notre vie bien réelle : à titre d’exemple, l’institut Geena Davis a montré l’impact du personnage de Scully (X-Files) sur les femmes travaillant dans les STIM[43] (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques).
Les résultats de notre étude sont encourageants : les filles et les femmes sont nombreuses, et même majoritaires, dans un secteur (la littérature de jeunesse) où elles sont pourtant sous-représentées de façon récurrente. Cependant, nous ne pouvons manquer de souligner que notre analyse est seulement quantitative et ne permet pas d’appréhender la façon dont les personnages féminins sont représentés dans les histoires. Il est une chose de choisir des héroïnes, il en est une autre de ne pas véhiculer des stéréotypes de genre et de montrer, à travers elles, la diversité de notre humanité.
Annexe :
Les romans du corpus sont issus des maisons d’édition suivantes : 404 éditions, ActuSF, Albin Michel, Auzou, Au loup, Bayard, Castelmore, Chattycat, Coop Breizh, De Saxus / Saxo, Didier jeunesse, Éditions Courtes et longues, Éditions Leha, Elixyria, Explora éditions, Flammarion jeunesse, Fleurus, Gallimard jeunesse, Gulf Stream, Hachette, JS éditions, L’école des loisirs, La Geste, La Martinière, Larousse, Le lac aux fées, Le Rouergue, Le temps éditeur, Les Livres du Dragon d’or, Little Urban, Lumen, Mage éditions, Maison Lison, Mana Books, Marathon éditions, Michel Lafon, Milan, Mnémos, Myria éditions, Nathan, Oskar éditions, PKJ, Play bac, Poulpe fictions, Rageot, Rivka, Robert Laffont, Sarbacane, Scrineo, Seuil jeunesse, Slalom, Syros, Thierry Magnier.
L’âge du lectorat-cible est fondé sur les indications fournies par les maisons d’édition. Lorsque ces indications sont absentes, nous nous sommes appuyée sur l’âge conseillé sur le site Paris librairies. Les romans ont été répartis dans la catégorie la plus proche (6+ / 8+ / 10+ / 12+ / 15+). Lorsqu’ils se situaient entre deux catégories, ils ont été associés à la tranche d’âge la plus basse. La catégorie 6+ a été choisie pour les indications « premières lectures » et 15+ pour les indications « Young Adult ». Lorsque des fourchettes d’âges étaient indiquées, nous avons choisi un âge médian en respectant les mêmes principes que ci-dessus.
Lorsque les maisons d’édition ne disposaient pas d’un site internet, nous avons considéré le critère « mention de la fantasy » au regard de la communication faite sur leurs réseaux sociaux au sujet du roman en question.
Nous avons considéré les titres des ensembles romanesques et non des tomes uniques dans le cas des cycles et séries.
Lorsque plusieurs éléments étaient coordonnés dans les titres, nous les avons considérés individuellement et associés à la catégorie idoine.
Lorsque des prénoms étaient coordonnés dans les titres, nous les avons comptés individuellement et avons associé chacun au genre correspondant.
Pour des raisons pratiques, nous n’avons pas pris en compte dans l’analyse des noms / prénoms présents dans les titres les noms de famille lorsqu’il était impossible d’identifier immédiatement le genre de chaque membre (La Famille Poulet, La Famille Magicus).
Lorsque plusieurs formats d’un même livre ont été publiés en 2023 avec des couvertures différentes, nous avons considéré la couverture de l’édition brochée.
Pour l’analyse des illustrations de couverture, nous avons pris en compte un maximum de trois éléments remarquables appartenant à des catégories différentes.
Les personnages-animaux ou personnages-créatures ont été considérés comme masculins ou féminins, donc comme héros ou héroïnes, dans l’analyse du genre des personnages principaux. En revanche, dans les analyses des titres et des illustrations, nous avons distingué les animaux anthropomorphes et les créatures humanoïdes des animaux non anthropomorphes et créatures non humanoïdes. Ces derniers ont été associés à la catégorie spécifique « Animal / créature ».
Notes :
[1] : Par exemple : Etienne Mercier, Laurene Boisson et Alexandre Leray, « Les jeunes Français et la lecture – résultats 2024 », pour le Centre National du Livre, enquête Ipsos, mars 2024.
[2] : « Les Chiffres de l’édition du Syndicat national de l’édition. Synthèse 2023-2024 ». URL : https://www.sne.fr/app/uploads/2024/06/RS24_Synthese_WebDEF.pdf (consulté le 1er octobre 2024).
[3] : Etienne Mercier, Laurene Boisson et Alexandre Leray, « Les jeunes français et la lecture – résultats 2024 », op. cit.
[4] : Mathieu Charrier et Léonard Desbrières, « Ce que lisent (vraiment) les jeunes en 2024 », Lire magazine, édition spéciale, supplément numérique : « Ce que lisent les jeunes en 2024 », 2024.
[5] : Entre 30 % et 35 % pour les années 2015 à 2022. Observatoire de l’imaginaire – 2023. URL : https://www.actusf.com/detail-d-un-article/lobservatoire-de-limaginaire-2023-cinq-ans-dimaginaire (consulté le 1er octobre 2024).
[6] : Le « “genre” a été distingué de la notion commune de “sexe” pour désigner les différences sociales entre hommes et femmes qui n’étaient pas directement liées à la biologie […] il permet d’appréhender le social comme un domaine autonome, doté d’une causalité propre irréductible à des lois biologiques » (Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard, Introduction aux Gender Studies : Manuel des études sur le genre, Bruxelles, Éditions De Boeck Université, 2008, p. 16).
[7] : Par exemple : Anne Dafflon Novelle, « La littérature enfantine francophone en 1997. Inventaire des héros et héroïnes proposés aux enfants », Revue suisse des sciences de l’éducation, n° 24, 2002, p. 309-326 ; Sylvie Cromer, « Le Masculin n’est pas un sexe : prémices du sujet neutre dans la presse et le théâtre pour enfants », Cahiers du Genre, n° 49, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 97‑115 ; Elsa Le Saux-Pénault et Cendrine Marro, « Le sexisme des albums jeunesse à l’école primaire toujours d’actualité ? Des élèves et leurs enseignantes et enseignants mènent l’enquête », Éducation & formations, 2018, p. 23-45.
[8] : Anne Dafflon Novelle, « Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ? Synthèse des recherches examinant les représentations du masculin et du féminin véhiculées dans la littérature et la presse enfantines de publication récente ».
[9] : Anne Besson, La Fantasy, Paris, Klincksieck, « 50 questions », 2007, p. 17.
[10] : Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000878175 (consultée le 1er octobre 2024).
[11] : Nous avons choisi de qualifier d’indépendantes les maisons d’édition n’appartenant pas à un groupe d’entreprises éditoriales (Hachette, Madrigall, Média participations, Editis, Actes Sud).
[12] : Par exemple : Anne Besson, « La fantasy à travers le monde », BnF, https://fantasy.bnf.fr/fr/comprendre/la-fantasy-travers-le-monde/ (consulté le 1er octobre 2024).
[13] : Observatoire de l’imaginaire – 2023. URL : https://www.calameo.com/read/0015454988e295100bfef (consulté le 1er octobre 2024).
[14] : Nathalie Prince, La littérature de jeunesse, Paris, Armand Colin, 2010, p. 183-184.
[15] : Ce surnaturel, en grande partie porté par les créatures, les « monstres » du titre, est accepté par l’oncle d’Ottoline, qui les soigne depuis de nombreuses années, et rapidement admis par la fillette héroïne. L’existence des créatures est conforme aux possibles du monde fictif proposé.
[16] : Camille Mathieu, « Fantastique », dans Anne Besson (dir.), Dictionnaire de la fantasy, Paris, Vendémiaire, 2018, p. 126-133.
[17] : Sur ce point : Anne Besson, « Un mot anglais, un genre anglophone », La Fantasy, op. cit., p. 13-60.
[18] : Tout au long de cet article, nous utiliserons le substantif « autrice » pour désigner les femmes écrivaines, le substantif « auteur » sera quant à lui uniquement réservé aux écrivains de sexe masculin.
[19] : Anne Dafflon Novelle, « Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ? », art. cit.
[20] : Anne Dafflon Novelle, « La littérature enfantine francophone publiée en 1997. Inventaire des héros et héroïnes proposés aux enfants », art. cit.
[21] : Carole Brugeilles, Sylvie Cromer, Nathalie Panissal, « Le sexisme au programme ? Représentations sexuées dans les lectures de référence à l’école », Travail, genre et sociétés, n° 21, La Découverture, 2009, p. 107-129.
[22] : Hélène Montardre, « L’Image des personnages féminins dans la littérature de jeunesse française contemporaine de 1975 à 1995 », Thèse de doctorat de l’Université de Paris Nord, 1999.
[23] : Observatoire de l’imaginaire – 2023. URL : https://www.calameo.com/read/0015454988e295100bfef (consulté le 1er octobre 2024).
[24] : Idem.
[25] : Par exemple : Women on Word and Images (WOWI), Dick and Jane as victims: sex-stereotyping in children’s readers, Princeton, 1972 ; Elena Gianini Belotti, Dalla Parte delle Bambine, Milan, Giangiacomo Feltrinelli Editore, 1973 ; Andrée Michel, Non aux stéréotypes ! Vaincre le sexisme dans les livres pour enfants et les manuels scolaires, Paris, ONU, UNESCO, 1986 ; Sylvie Cromer et Adela Turin, « Que racontent les albums illustrés aux enfants ? Ou comment présente-t-on les rapports hommes-femmes aux plus jeunes ? », Éducation et émancipation, vol. 11, n° 1, 1998.
[26] : Voir, notamment : Elsa Le Saux-Pénault et Cendrine Marro, « Le sexisme des albums jeunesse à l’école primaire toujours d’actualité ? Des élèves et leurs enseignantes et enseignants mènent l’enquête », art. cit.
[27] : Anne Dafflon Novelle, « Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ? », art. cit.
[28] : « La fantasy est lue en priorité par un public féminin, entre 20 et 39 ans, là où la science-fiction l’est majoritairement par des hommes après 40 ans » peut-on lire dans les résultats de l’enquête « Qui lit de l’imaginaire aujourd’hui en France ? » réalisée par l’Observatoire de l’imaginaire en 2021 : https://www.actusf.com/detail-d-un-article/lobservatoire-de-limaginaire-2022-%C3%A9tude-de-lectorat-juin-%C3%A0-novembre-2021 (consulté le 1er octobre 2024).
[29] : Après une enquête réalisée sur un échantillon de 1300 élèves de classes de 3e, Philippe Clermont et Victor Lepaux écrivent que « les livres “fantasy – fantastique” sont […] davantage prisés par les filles : 45 % contre 29 % pour les garçons », « Pratiques de lecture des grands collégiens : lectures par genres, lectures des genres », dans Philippe Clermont, Laurent Bazin et Danièle Henky (dir.), Esthétiques de la distinction : gender et mauvais genres en littérature de jeunesse, Berne, Peter Lang, 2013, p. 23-36.
[30] : Anne Dafflon Novelle, « Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ? », art. cit.
[31] : Anne Dafflon Novelle, « La littérature enfantine francophone publiée en 1997. Inventaire des héros et héroïnes proposés aux enfants », art. cit.
[32] : Nous estimons comme personnages féminins les héroïnes, les groupes de personnages majoritairement féminins et la moitié des groupes paritaires. De la même façon, sont estimés comme masculins les héros, les groupes majoritairement masculins et la moitié des groupes paritaires.
[33] : Florie Maurin, « Itinéraires des figures féminines de la fantasy jeunesse chez Pierre Bottero : fées, sorcières et chasseresses », Thèse de doctorat de l’Université Clermont Auvergne, 2022, p. 393-399.
[34] : L’androcentrisme est une façon de voir le monde et un mode de pensée, conscients ou non, qui placent l’homme (au sens d’individu de sexe masculin) au centre. Son point de vue est dominant et devient la référence.
[35] : Etienne Mercier, Laurene Boisson et Alexandre Leray, « Les jeunes français et la lecture – résultats 2024 », op. cit.
[36] : Carole Brugeilles, Isabelle Cromer, Sylvie Cromer, « Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre », Population, n° 57 (2), 2002, p. 261-292.
[37] : Les créatures humanoïdes, comme les vampires ou les zombies, ont été considérées comme des êtres humains auxquels il est possible d’attribuer un genre.
[38] : Les titres sont des syntagmes, souvent nominaux (La Fiancée du dieu de la mer, Le Combat des mages, La Légende de Hyrule…). En linguistique, le noyau est l’élément central de ce syntagme.
[39] : Nous entendons par « remarquables » des éléments et personnages occupant une place d’importance sur la couverture : les personnages d’arrière-plan ne sont pas comptabilisés, idem pour les éléments marginaux.
[40] : À ce sujet, voir en particulier le chapitre « Le petit zoo de l’enfance » dans Isabelle Nières-Chevrel, Introduction à la littérature de jeunesse, Paris, Didier Jeunesse, « Passeurs d’histoires », 2009, p. 139-154.
[41] : Nous entendons par « ornements » des éléments décoratifs visant à habiller la couverture.
[42] : Inventé par la scénariste Kelly Sue DeConnick, le test de la lampe sexy propose d’observer si une intrigue se trouve modifiée lorsqu’on remplace un personnage féminin par une lampe.
[43] : Geena Davis Institute on Gender in Media, “The “Scully Effect” : I want to believe… in STEM”. URL : https://geenadavisinstitute.org/research/the-scully-effect-i-want-to-believe-in-stem/ (consulté le 1er octobre 2024).
Remerciements
Je remercie chaleureusement Sarah Ghelam, chercheuse en littérature jeunesse, pour ses fines connaissances du milieu éditorial et son aide dans plusieurs étapes de cette étude. Merci aux lecteur·rices, auteur·rices et professionnel·les du livre m’ayant fourni des indications au sujet des livres qui m’étaient inaccessibles. Enfin, merci à Antoine Brias, docteur en informatique, pour sa relecture attentive.
Pour citer cet article : Florie Maurin, « Un monde d’autrices et d’héroïnes ? Étude sur la fantasy jeunesse de l’année 2023 », dans Fantasy jeunesse, 6 octobre 2024,
https://fantasyjeune.hypotheses.org/10413
